Voilà encore un récit qui me plait ! Alors pourquoi ?
D'abord, parce que je trouve touchante et émouvante la manière dont l'auteur redonne vie à cette jeune femme à jamais et trop tôt disparue. C'était dans la nuit du 6 au 7 septembre 1949. L[ou]ise n'avait que 29 ans, son meurtrier n'a jamais été retrouvé par la police qui abandonne vite l'enquête, considérant la jeune femme comme une traînée de plus assassinée dans le caniveau. Dossier refermé, Lise Louise passe aux oubliettes. Heureusement Philippe Jaenada mène, plus de 75 ans après, une enquête si fouillée qu'il redonne dignité et quasiment vie à la jeune femme en retraçant tout de son parcours et qu'il parvient à trouver tout un faisceau d'indices pour désigner le meurtrier et les causes du meurtre. Pour y parvenir, il a sollicité une quantité de personnes aux archives de Paris, aux archives nationales, aux archives de la maison des avocats, aux archives de Détective... Il a consulté des descendants de personnes de l'époque, il est allé voir la commune natale de Lise, à Tréguier. Il a consulté la BNF et Gallica et n'a pas négligé le Web ni l'IA ! Son enquête met aussi en lumière la vie à Montparnasse dans les années 40, la vie des artistes à cette époque, la présence d'émigrés russes échappés de la Révolution… Cette capacité à faire revivre des disparus à force de recherches entêtées et de compassion et même de tendresse, rappelle celles de Modiano quand par exemple, il écrit Dora Bruder. On découvre là un pouvoir extraordinaire de la littérature, beaucoup plus puissante en ce domaine que la télévision ou le cinéma.
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D'autre part parce que j'ai passé une semaine en compagnie d'un auteur qui semblait me faire la conversation, avec malice et humour, bonhomie. Clin d'œil au temps qui passe et ne revient pas : il s'interroge sur la disparition des pamplemousses jaunes dans les commerces ou de la blanquette de veau dans les restaurants. Au même moment, il s'attache à rendre actuelle la vie d'une jeune femme d'il y a plus de soixante-quinze ans ! Et cependant il nous parle de ses amis du bistrot Lafayette, de son fils Ernest et de son amoureuse Elisa et d'une "humiliante et douloureuse histoire de TikTok" entre elle et lui, de sa compagne Anne-Catherine qui joue de la trompette, mais ne veut pas qu'il le sache...
Et puis il lit des Maigret et cherche avec plus ou moins de facilités et sans se prendre au sérieux à s'inspirer de ses relations avec Mme Maigret, de la tenue vestimentaire de Maigret, des plats que Maigret appréciait, de la manière dont il abordait ou résolvait ses enquêtes, c'est ludique et amusant.
En somme, j'aime beaucoup ce roman et l'écriture de son auteur. Ma liseuse m'annonçait plus de 2000 pages, en réalité c'est moins de 500. Comme d'habitude, les récits de P JAEANADA sont longs, mais ils le méritent bien !
extrait : La cour de la maternelle sur laquelle donnent nos fenêtres, il y gambadait il y a vingt ans, avant-hier matin. De retour dans mon bureau, je prends ma cigarette électronique, je me plante à nouveau devant la fenêtre et vapote à petites bouffées, comme si je tirais sur ma pipe. Il ne va pas tarder à pleuvoir, l’automne est là, il fait frais, les mouflets sont couverts, blousons, anoraks. Je vois Ernest discuter très sérieusement avec son pote Lucien près de l’arbre de gauche, mais ce n’est pas Ernest et ce n’est pas Lucien (je le voyais au même endroit, mon fils, derrière la même fenêtre, je le regardais trop souvent – j’écrivais alors, en 2003, plein d’espoir, un livre que peu de gens ont lu finalement (ce doit être justifié), un roman sur le passé qui ne revient pas, Vie et mort de la jeune fille blonde, aujourd’hui de la jeune femme brune, rien ne change vraiment).
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